Posted on 13 juillet, 2010 | No Comments
Avec la « décristallisation » de leur pension en 2002, les anciens combattants congolais de toutes les générations et leurs familles ont repris le sourire. Ils appellent toutefois la France à aller jusqu’au bout de leur espérance, en valorisant ces allocations au même titre que leurs frères d’armes français.Au lendemain des indépendances africaines, la plupart des anciens combattants, assimilés aux « tirailleurs sénégalais », ont vu leurs pensions d’anciens militaires être « cristallisées ». C’est le mot utilisé dans ce cadre pour désigner l’arrêt par la France, dès 1959, du paiement des pensions aux anciens militaires africains ayant servi l’armée française entre 1939 et 1954.
Les Etats obtenaient leur indépendance et les soldats africains de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), de la guerre de l’Algérie (1954-1962) et de l’Indochine (1946-1954) perdaient leur droit le plus légitime. Si la « cristallisation » s’est effectuée en 1959, au Congo elle n’a eu lieu qu’en 1973. C’est donc à partir de cette année que les anciens combattants qui ont joui de la nationalité française pendant leur service, n’ont plus bénéficié de pensions.
Il aura fallu attendre plus de 30 ans pour voir l’affaire être réhabilitée. Depuis 2002 et grâce à l’action menée par les associations d’anciens combattants de France et d’Afrique, la réversion des pensions est effective. « Nous sommes allés jusqu’en France pour discuter avec nos partenaires. Chez nous c’est depuis 2002 que la pension est touchée au niveau de la régie diplomatique de France anciennement appelé paierie de France », a expliqué le président de la Fédération nationale des anciens combattants et anciens militaires d’Outre-mer, Marie Joseph Kiegela.
Ancien combattant de la guerre de l’Algérie, ce capitaine à la retraite et directeur de l’Office national des anciens combattants estime que beaucoup reste encore à faire. Le combat de la revalorisation des droits d’anciens combattants et militaires d’Outre-mer est loin d’être terminé.
La France devrait aller au bout des espérances des anciens combattants
Les pensions effectivement « décristallisées », les inégalités demeurent cependant entre les anciens combattants français et africains. « Si la pension de retraite de combattant est payée au même taux que nos frères d’armes de l’hexagone, la pension d’ancienneté ne l’est pas. Donc il y a encore un combat à mener à ce niveau là, de façon que les anciens combattants d’Afrique puissent bénéficier du même taux que ceux de France », a confié Marie Joseph Kiegena.
Au Congo, environ 400 anciens combattants touchent ces pensions diverses. Nombreux sont ceux de la génération des guerres de l’Algérie et de l’Indochine. La génération de la Seconde Guerre mondiale ne compte plus que 24 vivants, selon l’Office national des anciens combattants. Ces pensions que touchent également les veuves d’anciens combattants décédés sont établies en trois catégories : la pension de retraite de combattant non réversible que l’ancien combattant touche de son vivant après qu’il ait accompli 65 ans ; la pension militaire d’ancienneté qui est réversible une fois le militaire décédé (obtenue après 11 ans de service ou plus) et la pension d’invalidité qui est accordée aux blessés de guerre, aux blessés en service commandé ou aux combattants atteints d’une maladie pendant le service.
Depuis quelques années, les pensionnaires bénéficient de ces services. Ils estiment toutefois que la France ne sera pas sourde à leur plainte pour normaliser leur souhait légitime. « Nous sommes contents, on peut le dire. Mais pas totalement comme nous le voulions. Parce que tout a été décristallisé. Nous espérons avoir le même montant que ceux de la métropole. C’est à ce moment là que nous dirons que ça va », a confié l’ancien combattant Eusèbe Samba, président du bureau sectoriel de Bacongo.
Le 12 juillet, lors d’une rencontre à Brazzaville avec les anciens combattants, l’attaché de défense auprès de l’ambassade de France au Congo, le colonel Yves Lallemand, a affirmé que la valorisation par la France des pensions d’anciens militaires africains était un « problème technique ». Les pensions devraient être valorisées selon « un arrêt de la cour constitutionnelle en France qui dit que les pensions doivent être égales par rapport à ce que les gens touchent en France ».
Une parfaite organisation pour soutenir leur existence…
La Fédération nationale des anciens combattants et anciens militaires d’Outre-mer rassemble toutes les associations des anciens combattants du Congo. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une seule association des forces françaises libres avait une section à Brazzaville et au Tchad. « C’était la seule qui existait. Vers les années 1968, après la création de l’office national des anciens combattants, nous avons compté plus de 4 associations d’anciens combattants. Il y a eu par la suite des militaires de l’armée congolaise qui sortaient de l’armée française. Eux aussi avaient une association. Enfin, pour rassembler toutes ces forces, nous avons créé la fédération nationale des anciens combattants et anciens militaires d’Outre-mer que je préside depuis 1998 », a expliqué Marie Joseph Kiegena.
En 2000, la Fédération a admis en son sein l’Association des veuves d’anciens combattants. Elle rassemble désormais toutes les forces utiles pour défendre les intérêts matériels et moraux des bénéficiaires. « C’est grâce à eux que je bénéficie depuis 2005 de la pension de mon défunt époux », s’est réjouie la veuve Ntsouka Bantsimba, dont le mari a combattu en Indochine.
Pour plus d’actions et d’efficacité, la Fédération s’est affiliée à UNC France (Union nationale des combattants). Elle entend faire respecter les droits d’anciens combattants congolais en toute amitié avec la France. « Au fond de nous, nous avons une partie de notre vie en France, pour avoir été des citoyens français et peut-être encore pour avoir combattu pour ce pays », a soutenu Norbert Moranga, combattant de la guerre de l’Indochine en 1953.
Source : les dépêches de Brazzaville
Quentin Loubou